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  2. Ca grimpe
Ici, le temps n’est pas une horloge, mais une usure. Je suis Guilhem, l’ombre parmi les ombres de la chapelle Saint-Martin-du-Froid. Mon existence se consume entre le silence des cimes et le cri des aigles. En bas, dans les replis de la vallée de l’Orb, les hommes s’agitent, bâtissent et se déchirent. Ici, au sommet de l’Espinouse, seule demeure la nudité de l’âme face à l’immensité bleue.
Ma chapelle est un humble navire de pierre, échoué sur les crêtes, dont les lauzes rousses semblent retenir la lumière mourante des siècles. On dit que le froid y est une punition; je crois qu’il est un linceul de pureté.
Le drame s’invita sous un ciel d’octobre, alors que l’air sentait déjà la neige à venir et le parfum amer des bruyères calcinées. Il y eut d’abord un bruit de fer, un martèlement insolent sur le sentier escarpé.
Arnaud d’Olargues apparut comme un mirage de pourpre et de soie. Il portait sur son visage la noblesse des tours du pont du Diable, mais son regard, tourné vers les sommets de Mons, trahissait une fêlure que nul rempart ne pouvait protéger. Il ne venait pas chercher Dieu, mais une divinité terrestre.
Elle, Azalaïs, surgit de la brume avec la grâce d’une herbe folle. Elle était la fille des genêts, une bergère dont le rire avait la fraîcheur des sources du Caroux. Entre le fils du Seigneur et la gardienne des troupeaux, il n’y avait aucun pont, si ce n’est cet étroit lambeau de terre sacrée où je me tenais.
Ils se retrouvaient dans l’ombre de ma nef, là où les hiérarchies s’effacent devant le sacré. Je les voyais chuchoter sous les voûtes, leurs voix se mêlant au soupir du vent qui s’engouffrait par l’arcade. Arnaud lui parlait de châteaux et de devoirs qui l’étouffaient ; Azalaïs lui offrait le silence des alpages et la liberté des horizons.
Une nuit, alors que le givre dessinait des fleurs d’argent sur la pierre, Arnaud me confia sa détresse.
— Frère Guilhem, mon père veut lier mon sang à une lignée de fer et de terres. Mais mon cœur s’est égaré dans les pâturages de Mons. Dis-moi, la prière peut-elle changer le destin des hommes?
Je n’avais pour toute réponse que le craquement du bois dans l’âtre. Comment lui dire que l’amour, en ces terres d’Oc, est souvent une chanson de troubadour qui finit dans les larmes?
L’hiver tomba comme un couperet. Une tempête de tramontane s’abattit sur la montagne, transformant le monde en un désert blanc et aveugle. C’est au cœur de cette tourmente que la haine des hommes prouva qu’elle était plus tenace que le froid.
Le Seigneur d’Olargues, trahi par l’ombre de son propre fils, monta jusqu’à mon refuge, suivi d’une escouade de fer. Les torches grésillaient sous les flocons, projetant des ombres monstrueuses contre les murs de la chapelle.
— Sors de ce sanctuaire, mon fils! tonna le vieux noble. Laisse cette gueuse au vent qui l’a vue naître
Le chaos s’ensuivit, un tourbillon d’acier et de cris. Dans l’étroit passage de la porte, là où l’on s’incline d’ordinaire, la mort frappa sans discernement. Un éclair de métal, un gémissement étouffé… Azalaïs s’écroula. Sa chevelure brune s’étala sur le sol de schiste, et son sang, d’un rouge trop vif pour ce monde pâle, vint fleurir la pierre glacée.
Le silence qui suivit fut plus terrible que la tempête. Arnaud, le visage pétrifié par une douleur que les mots ne savent dire, souleva son aimée. Il ne regarda ni son père ni ses terres. Il s’enfonça dans le blizzard, emportant son trésor sans vie vers les abîmes du Caroux.
Le matin suivant, le ciel était d’une limpidité cruelle. On ne découvrit d’eux que des traces évanescentes, effacées par le vent. Certains bergers de Mons-La-Trivalle jurent que les jours de grand vent, on entend une plainte mélodieuse courir sur les crêtes, une voix de femme appelant son seigneur.
Moi, Guilhem, je reste le gardien de cette absence. Chaque soir, j’allume une petite bougie dans la niche de la chapelle. Elle brille comme un phare pour deux amants perdus dans les plis du temps. La pierre de Saint-Martin-du-Froid garde à jamais le souvenir de leur baiser de sang, et sous mon froc de laine, mon cœur bat au rythme de leur histoire impossible, aussi éternelle que le schiste, aussi mélancolique que le crépuscule sur l’Espinouse.

Au cœur de la nef de pierre, là où le Jaur et l’Orb se devinent comme deux rubans d’argent mêlés dans l’écrin des vignes, Arnaud murmura ces mots à Azalaïs, tandis que le soleil de pourpre incendiait les orgues du Caroux.

— Regarde, ma mie, là où le monde s’incline, l’Orb serpente en secret sous les tours d’Olargues. Il porte mes soupirs vers l’ombre des collines, et fuit, comme mon âme, les chaînes et les nargues. Le Jaur chante plus bas son errance de soie, parmi les oliviers et les amandiers blancs, mais mon seul héritage est le cri de ta joie, et mon unique fief, ton regard bienveillant.
— Messire, le Caroux est un géant de pierre, qui garde nos secrets dans ses failles de fer, si votre sang est grand, le mien est de bruyère, nourrie de l’eau des monts et du vent de l’hiver. Mais qu’importent les murs, les noms et les lignées, quand l’Espinouse au soir nous prête son manteau ? L’amour est un oiseau aux plumes ensanglantées, qui ne trouve son nid que sur ce haut plateau.
— Que les terres d’en bas se déchirent de haine, ici, le froid est roi, et ton cœur est ma loi. Je troquerais mon nom, mes tours et ma peine, pour une heure d’exil, seul, ici, avec toi. Le paysage est vaste, mais mon amour est encore plus grand. Il transcende les montagnes et embrase le ciel. Si le destin nous sépare, on entendra dire : «Leur baiser de poussière fut un goût de miel.»

J’écoutais leurs voix s’éteindre dans le sifflement de la bise. Jamais la vallée de l’Orb ne me parut si lointaine, et jamais la petitesse de l’orgueil humain ne me sembla si dérisoire face à la splendeur sauvage de ce pays de schiste. Ils ne s’aimaient pas comme des amants, mais comme des légendes qui s’écrivent déjà dans le souffle du vent.

Ô Caroux, autel de pierre et de vent.
Sous le regard de pierre où mon âme s’appuie,
Moi, frère Guilhem, humble veilleur des sommets,
Je salue ton échine que le soleil essuie,
Toi, colosse de gneiss que l’hiver ne soumet.

Tu n’es point fait de mains d’homme, ô fier Caroux,
Tes piliers sont d’aiguilles et tes nefs de ravines;
Le vent de l’autan y prêche un psaume doux,
Parmi les bruyères roses et les landes divines.
Ici, à Saint-Martin, où le givre fait son nid,
Je vois le monde en bas comme une écume vaine,
Tandis que ton silence, par la grâce bénie,
Coule comme un sang pur au creux de chaque veine.

Dans le chaos des blocs où l’esprit s’aventure,
Le mouflon est le prince et le seul pèlerin.
Il bondit sur l’abîme, ignorant la fêlure,
Sous l’œil d’or de l’aigle au vol souverain.
Ô montagne sauvage, écrin de solitude,
Tu es le livre ouvert où je lis le Très-Haut,
Loin des bruits de la plaine et de leur servitude,
Dans la clarté d’un ciel qu’aucun nuage n’interrompt trop tôt.

Quand le soir vient mourir sur les Gorges d’Héric,
Et que l’ombre s’étire en longs manteaux de roi,
Ton visage s’orne d’or au moment où tu deviens divin,
Où la terre et le ciel ne font plus qu’une loi.
Saint-Martin-du-Froid veille, petite arche de pierre,
Contre le flanc du géant, j’attends le point du jour,
Offrant au vent des cimes ma dernière prière :
Que le Caroux demeure le temple de l’Amour.
«Ici, l’altitude n’est pas une mesure, mais un état de l’âme.»


FIN.

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